Installer un climat de classe positif

Chapô
La recherche montre de plus en plus qu’il existe une relation étroite entre un climat scolaire positif et la réussite des élèves. Quelles règles mettre en œuvre en début d’année ? Quelle place accorder à la communication et à l’expression des émotions de chacun ?
Contenu

Titre du paragraphe
Les règles de fonctionnement en classe

Texte

Constituer un groupe classe qui fonctionne ne va pas de soi. Quelles règles collectives mettre en place pour créer un climat d’échanges propice aux apprentissages ? Comment créer et entretenir un environnement sécurisant et apaisé qui favorise le vivre ensemble ?

Lire la transcription de la vidéo
Transcription
Pour constituer un groupe qui fonctionne, ça ne va pas de soi. Ça ne va pas de soi parce que les élèves qu'on a dans la classe, ils n'ont pas forcément fait le choix d'être là. On les a rassemblés en fonction, en général, de leur âge. Alors, certains se connaissent, se suivent de classe en classe, etc. Mais ce n'est pas un choix de leur part. Donc créer un collectif au-delà d'un groupe, ce n'est pas évident du tout. Ça veut dire qu'il faut que ce groupe gagne du sens de fonctionnement et que chacun adhère à un projet de classe. Votre classe, elle sera forcément hétérogène. C'est ça qui est normal, en fait. Puisque ces élèves qui sont là n'ont pas la même histoire, pas le même parcours, pas les mêmes compétences, vous allez avoir forcément un très fort contraste en termes de profils, en termes d'attitude de la part de vos élèves. Ce sont des enfants qui viennent d'un peu partout, vous avez dans votre classe des extravertis, des gens qui sont plus timides, plus réservés. Pour que ce groupe fonctionne, à mon avis, la première règle à mettre en place, c'est la prise de parole. Dès la première minute, une fois qu'on leur a dit bonjour, à la rentrée, c'est de poser ça comme un postulat, de leur dire : « On va beaucoup parler dans cette classe. » C'est normal, on est là pour ça. On va apprendre à parler, à s'exprimer, à communiquer, mais on ne peut pas parler, on est nombreux, on est entre 20, 25, 30, selon les effectifs, on ne peut pas parler comme on veut, comme on peut, on n'est pas dans notre chambre, on n'est pas dans la cour. Ici, il va falloir qu'on s'écoute, qu'on apprenne à s'écouter. Quand quelqu'un parle, eh bien il faut qu'on soit disposé à l'écouter. Dans ma classe, quand les élèves veulent prendre la parole, c'est le très classique : on lève le doigt. Quand ils sont d'accord, quand j'ai envie d'avoir leur approbation, quand je veux connaître leur approbation, on lève un pouce. Ça évite les « oui, maîtresse » ou les « oui, maître ». Si on n'est pas d'accord, si on dit non, si ça ne va pas, on lève un poing, c'est un codage comme un autre. Si on veut rebondir sur quelque chose qui a été dit, on lève deux doigts. Ça permet de ne pas couper le débat, de ne pas couper la discussion. Ce qu'on dit fonctionne dès la première minute et on le fait vivre, c'est-à-dire qu'on le met en place de façon très méthodologique, avec beaucoup d'intransigeance. Au départ, les premiers jours, les premières semaines, on ne déroge pas à ce code-là et une fois que les élèves ont pris cette habitude et l'enseignant, aussi, a pris l'habitude, quand il parle : « Voilà, je vous donne la consigne. » Eh bien, une fois que ce code est bien compris par les élèves et bien intégré, la parole est beaucoup plus simple dans la classe et les échanges sont beaucoup plus fluides. Pour bien fonctionner, il faut que chaque membre de l'équipe et du groupe se sentent en sécurité, c'est fondamental, en sécurité psychique, physique, matérielle et émotionnelle. Dans ma classe, j'ai un postulat qu'on répète tous les matins. C'est l'intendant du jour qui dit ça tous les matins, très solennellement, une fois qu'on s'est dit bonjour : « J'ai le droit d'être tranquille, dans mon corps, dans ma tête, dans mes affaires, dans mon cœur, ici et partout ailleurs. » Ce postulat, on le répète, on le fait vivre dans la classe. Quand il y a un dysfonctionnement, quand quelqu'un se fait embêter, se fait chiper son stylo, on dit : « Voilà, quel besoin, quel droit n'a pas été respecté ? » Et on essaie de revenir en arrière pour voir à quel moment le dysfonctionnement est arrivé et comment on peut le régler, comment on peut réparer. À partir de cette base-là, quand tout le monde la comprend, on construit, finalement, les règles de fonctionnement de la classe à partir de ces besoins universels.
Texte

Quelques conseils pour les premiers jours

Essayez de mémoriser rapidement les prénoms de vos élèves. 
Tout est plus simple une fois les prénoms en tête ! Mémoriser rapidement le prénom de ses élèves permet de créer du lien avec sa classe et donc de pouvoir valoriser ou reprendre un élève de façon plus pertinente. En élémentaire, vous pouvez réaliser un trombinoscope ou alors faire compléter aux élèves, lors du premier cours, un plan de classe avec leur prénom. Durant les jours suivants, vous pourrez ainsi jeter un petit œil discret avant d’interroger l’élève (afin de mémoriser plus rapidement, essayez de faire une supposition avant de vérifier).

Ritualisez l’entrée en classe. 
L’entrée dans l’espace de la classe est un temps de transition pour prendre son rôle d’élève. Après vous avoir salué, la première action des élèves sera de se concentrer sur la première activité qu’ils auront à faire lorsqu’ils seront positionnés à leur place : sortir un cahier, ouvrir un manuel, relire un texte, etc.

Ne vous mettez pas dans un cadre trop strict au niveau de vos cours.
Laissez-vous une certaine souplesse sur vos consignes. Lorsque vous donnez une règle, il faut vous y tenir, sinon vous perdez en crédibilité et vos élèves testeront forcément pour vérifier si vous appliquez celle annoncée. Donc, laissez-vous un peu de marge et ne soyez pas trop ambitieux dans vos consignes !

Écrivez vos consignes orales sur vos fiches de préparation.
Même si nous pouvons avoir le sentiment d’avoir bien préparé nos activités et leurs enchaînements, penser en amont les consignes permet de se mettre en réflexion sur l’accessibilité des termes utilisés, le nombre d’actions/tâches que les élèves auront à faire en simultané ou à la suite. Cela rassure également.

Texte

Trois pistes pour améliorer la relation éducative

Diverses études ont mis en exergue un certain nombre de leviers d’action susceptibles de favoriser le bien-être des élèves et sur lesquels un enseignant, même s’il débute, peut agir en classe.

Pratiquer l’enseignement explicite pour accompagner davantage les élèves
Cette méthode, qui vise à guider progressivement les élèves vers plus d’autonomie, se déroule en trois étapes : l’enseignant présente la démarche pour réaliser l’exercice, les élèves la mettent en œuvre, accompagnés par l’enseignant, puis réalisent seuls l’exercice demandé.

Encourager les élèves pour valoriser leurs compétences
L’autonomie, l’estime de soi, la confiance comptent parmi les éléments moteurs de tout processus d’apprentissage. Mettre en avant les qualités et les réussites de ses élèves, et pas uniquement leurs manquements ou erreurs, ne revient pas à se montrer complaisant mais revient plutôt à être juste. L’un ne va pas sans l’autre.

Privilégier l’évaluation formative pour éviter une source de stress aux élèves
Il s’agit d’un processus d’évaluation continu, centré sur l’aide à l’élève et sur sa façon d’apprendre. L’erreur y est utile en tant que marqueur de difficultés à surmonter. Cela permet à l’élève de situer sa progression par rapport à l’objectif visé et de comprendre le chemin qu’il reste à parcourir.

Texte

Climat scolaire, bien-être en classe et apprentissages

Aujourd’hui, l’école ne vise plus uniquement à transmettre des connaissances et des compétences. Elle porte également une ambition humaine : favoriser l’épanouissement des élèves – de leur personnalité, de leurs qualités, de leur créativité, de leur sociabilité –, afin qu’ils s’intègrent au mieux dans la société et vivent pleinement leur vie.

La question du bien-être à l’école tient une part essentielle dans cette approche. D’autant que les études menées sur ce sujet ont établi qu’il existe une relation étroite entre un climat scolaire positif et la réussite des élèves. Celle-ci stimule fortement la motivation à apprendre, l’envie de progresser, tout comme la coopération, le respect, la confiance et l’estime de soi. L’un se nourrissant de l’autre : la qualité des apprentissages agit sur le climat scolaire et ce dernier a une incidence sur les apprentissages.

Comment appréhender ce sujet lorsqu’on débute dans le métier ?

Commençons par la théorie. Le bien-être de chacun, petit ou grand, est une question de ressenti. Une question subjective donc. Avec peu d’éléments scientifiques probants à consulter à ce sujet. Sinon que l’appréhension des événements que nous vivons, au travail comme à l’école, se manifesterait à travers quatre dimensions complémentaires : psychologique, cognitive, sociale et physique. Pour comprendre, prenons l’exemple d’un élève et transformons ces éléments en affirmations simples et accessibles :

  • « J’ai envie de venir à l’école » ⇒ psychologique.
  • « J’aime apprendre et progresser » ⇒ cognitif.
  • « Je suis épanoui et accepté parmi les autres » ⇒ social.
  • « Je me sens bien et en sécurité » ⇒ physique.

Ainsi, faute de pouvoir lire dans ses pensées, on peut simplement dire que, si un élève exprime, même intérieurement, ces quatre phrases, c’est qu’il est « bien à l’école ». Naturellement, en changeant quelques mots, ces affirmations pourraient aussi bien formuler le bien-être d’un enseignant : en transformant, par exemple, l’envie de venir à l’école par celle de transmettre un savoir aux autres, le goût d’apprendre par celui de se former, etc.

Pour un enseignant, la relation éducative constitue un espace privilégié pour favoriser ce bien-être. Parce qu’elle juxtapose des moments de communication, d’échanges de savoirs, d’émotions et de pensées, l’élève pourra, à travers le lien humain qu’il entretient avec son enseignant – mais aussi avec ses camarades –, mettre en parole son expérience au monde et se l’approprier. Et, à terme, développer son autonomie et son épanouissement personnel.

Assistance technique