Jouer pour apprendre

Chapô
Grâce au jeu, les élèves peuvent exercer toutes leurs potentialités : motrices, cognitives, affectives, sociales. Quelle que soit sa forme, quels que soient ses objectifs pédagogiques, le jeu constitue un formidable outil d'apprentissage et de sociabilisation.
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Le jeu, incontournable de la petite à la grande section 

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Pas besoin de longs discours pour comprendre que le jeu est essentiel chez les enfants de 3 à 5 ans. Mais comment préparer cette activité et la mener en classe pour qu’elle favorise les apprentissages ? Et pour quelles raisons sa mise en place nécessite-t-elle d’organiser les espaces ?
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L’école maternelle, effectivement, est souvent vue comme le lieu où l’on joue. Mais le jeu est souvent mal compris : à l’école, il est un moyen d’apprendre. Souvent, les parents disent : « Allez, va jouer à l’école ! » — ce qui peut créer une incompréhension entre les familles et l’école, voire chez les enfants eux-mêmes, qui ne comprennent pas toujours que le jeu peut être cadré et correspond à des temps d’apprentissage. Ensuite, selon l’âge de l’enfant, la manière de jouer évolue, et les activités autour du jeu ne se déroulent pas de la même façon. Avec les très jeunes, notamment les enfants de moins de trois ans, la question de la sécurité est primordiale : on ne doit leur proposer que des jeux conformes aux normes. C’est un point essentiel, surtout dans les classes multi-niveaux où les petits ont parfois accès aux jeux des grands, contenant de petites pièces. Il faut donc être attentif à cela. La classe de maternelle est généralement organisée en coins jeux : coin poupées, coin petites voitures, coin déguisement, coin cuisine, coin bricolage, etc. Ces coins symboliques favorisent de nombreuses formes de jeu. C’est vrai que cela peut générer du bruit, des déplacements et beaucoup de manipulation de matériel. Pour limiter le niveau sonore, on peut utiliser quelques astuces : Mettre des tapis sur les tables et au sol lorsqu’on joue. Répartir les élèves en petits groupes, dans différents espaces. Par exemple, installer un petit groupe dans le couloir pour jouer aux petites voitures — un jeu souvent bruyant — permet de réduire le bruit global en classe. On remarque aujourd’hui que les enfants jouent de moins en moins à la maison. Ils manipulent beaucoup moins qu’avant et passent davantage de temps devant les écrans. À l’école, il y a donc un vrai travail autour de la motricité, essentielle aux apprentissages. Tous les jeux de manipulation y jouent un rôle important. Le numérique entre aussi progressivement à l’école maternelle : on peut, par exemple, proposer des activités sur tablette. C’est de plus en plus attendu dans les programmes. Mais le rôle de l’enseignant reste fondamental : il accompagne, verbalise et encourage la métacognition autour de toutes les activités scolaires. Par métacognition, on entend la capacité à parler de ce que l’on fait et de comment on le fait en classe. Autrement dit, c’est réfléchir sur ses propres apprentissages, même dès le plus jeune âge.

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Jeu libre ou dirigé : quels apports pédagogiques ?

Texte
Il existe deux modalités de jeu : le jeu libre ou le jeu dirigé. Comment et pourquoi passer de l’un à l’autre ? Comment encadrer le jeu libre dans la classe en tenant compte de la diversité et de la mixité des élèves ? Pour quelles raisons faut-il verbaliser les différentes étapes du jeu et accompagner les apprentissages ?
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Le jeu libre est important parce qu'il permet de réitérer les gestes, de se socialiser et aussi de construire de la connaissance informelle. Le jeu libre va se faire comment ? Il va se faire au travers des coins de jeux symboliques, c’est-à-dire les jeux d'imitation, les petites voitures, le coin cuisine, le coin bricolage, etc. Et il y a aussi une pédagogie du jeu libre, comme par exemple ce que je pratique, en activités physiques, donc en motricité, je mets un espace de motricité avec différents matériels pour sauter, grimper, rouler, etc., puis les élèves vont aller librement sur l'espace et évoluer librement, sans que je donne de consignes particulières. Et là, on voit qu’ils régulent à la fois leurs propres rythmes, certains vont très vite et puis ensuite ça se calme, d'autres au contraire, commencent très doucement et puis accélèrent au fur et à mesure. Ils éprouvent aussi leurs propres émotions au travers de leurs craintes : marcher sur une poutre, sauter d'une certaine hauteur, etc. Là, le rôle de l'enseignant, ça va être surtout de verbaliser à la fois les actions qu'ont les élèves et tout le travail autour des émotions. ce que l'on peut constater, en fait, au niveau des coins jeux et du jeu libre, c'est que parfois, il y a des classes très genrées : les garçons vont plutôt aller vers les petites voitures et les filles vers le coin poupées. Là aussi, le rôle de l'enseignant est important. C'est-à-dire qu'il va permettre aux élèves de changer d'activités et d'avoir une autre représentation des activités et de pouvoir créer de la mixité dans le groupe classe. Concernant le jeu didactisé, en fait, c'est n'importe quel jeu, mais que l'on va utiliser à l'école pour faire apprendre quelque chose aux élèves. Ça peut être aussi bien un jeu de l'oie que des jeux un peu plus scolaires qu'on peut trouver comme matériel dans les librairies spécialisées. Tous les apprentissages, en fait, on va aller les verbaliser au niveau des élèves et on va les accompagner dans leur apprentissage. Si je prends l'exemple du jeu de l'oie, effectivement, il va falloir pour l'élève avoir à apprendre le geste moteur, de lancer le dé, apprendre au niveau des nombres à compter le nombre de points sur le dé pour savoir combien il va faire et ensuite lui apprendre à déplacer le pion sur le plateau de jeu. Le rôle de l'enseignant, ça va être à la fois de verbaliser les différentes actions et d'accompagner l'élève dans cet apprentissage-là. Ce qui permet aussi de jouer de face avec des groupes hétérogènes, parce que l'enseignant va accompagner les élèves les moins avancés et les plus avancés vont être beaucoup plus autonomes au niveau des gestes et de l'évolution du jeu. Souvent, ce que je fais aussi avant d'aborder un nouveau jeu en classe, c'est de le mettre à la disposition des élèves sur un temps d'activité libre. Ça va leur permettre de découvrir le matériel, de manipuler, de renseigner un peu leur curiosité vis-à-vis du nouveau jeu. Et ça va me permettre, ensuite, de pouvoir justement utiliser le matériel de façon beaucoup plus dirigée et de pouvoir cadrer les règles du jeu avec eux. Et dans l'autre sens, c'est-à-dire qu'à partir du moment où on a appris aux élèves à jouer, à connaître les règles du jeu et à manipuler les différentes possibilités avec le jeu, c'est de mettre à leur disposition le jeu de façon à ce qu'ils puissent librement jouer, ensuite, sur des temps d'activités, par exemple, à l'accueil le matin. On peut aussi constater, le matin, à l'accueil, que l'élève qui n'était pas très actif au moment de l'atelier jeu, eh bien quand il est en situation de jeu libre, il a acquis, finalement, ce qu'on avait envie de lui apprendre et il est en capacité de jouer avec le jeu et de retrouver les gestes attendus.
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Pourquoi le jeu permet-il d'apprendre autrement ?

« Le jeu, c’est le travail de l’enfant », Pauline Kergomard (1838 - 1925),
pionnière de la pédagogie des jeunes enfants et fondatrice de l’école maternelle en France.

Avec le jeu, la posture de l’enfant devient différente  : le jeu est une activité qui va de soi pour l’enfant. Il s’engage facilement dans ce qui lui est proposé, s’investit parce que c’est un plaisir de jouer. 

Le jeu permet des apprentissages multiples  : formels (notamment dans les domaines des nombres, de l’écrit, du langage oral), mais aussi informels et transversaux (respect des règles et des autres joueurs, coopération, prise de décision, créativité, etc.). Et l’on parle là d’apprentissages essentiels pour un enfant : développer son imaginaire, sa capacité à trouver des solutions face à une situation de conflit ou de blocage, à faire équipe avec les autres, à poursuivre un objectif malgré les difficultés, à respecter les consignes, à accepter de perdre, etc. Autant de compétences qui se développent dès le plus jeune âge et lui serviront chaque jour de sa vie future.

En maternelle, il est important d’alterner les séances de jeu dirigé ou semi-dirigé avec du jeu libre.
Car même si, dans le jeu libre, l’élève évolue dans un cadre pensé par vous (dans quel espace de la classe, avec quel matériel, à quel moment de la journée, etc.), il peut en modifier l’agencement ou l’organisation, inventer de nouvelles règles et construire ainsi sa propre expérience. C’est lui qui choisit son jeu et sa manière d’y jouer. Ce qui ne veut pas dire que vous n’avez rien à faire. Même à distance, vous pouvez observer, écouter et prendre l’initiative d’intervenir ponctuellement pour verbaliser avec lui certaines étapes du jeu, débloquer certains conflits éventuels ou apporter un « coup de pouce », en cas de besoin.

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VOTRE RÔLE | Pour que le jeu soit un appui pédagogique efficace et pertinent, au-delà d’être une occupation ou une récompense, votre rôle est essentiel ! Bien entendu, vous pouvez capitaliser le plaisir de jouer de l’élève et sa motivation, mais vous devez veiller à ce que cette activité permette de construire des apprentissages. Il est ainsi indispensable d’observer les élèves pendant des séances de jeu, de les accompagner, de susciter des échanges pour mettre des mots sur les notions expérimentées, les stratégies, etc., et de leur proposer des jeux structurés visant explicitement des apprentissages spécifiques.  
Exemples : face à la frustration de perdre à un jeu de société, vous êtes là pour aider l’enfant à accueillir ses émotions sans se démotiver, et aider à prendre conscience des stratégies gagnantes. Dans une situation de jeu symbolique, vous intervenez pour préciser les rôles. Dans un jeu de plateau, vous variez les règles en changeant le type de dés utilisés.  

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QUAND JOUER ? | Le jeu peut prendre de multiples formes et avoir lieu à divers moments de la journée. Trois temps sont toutefois particulièrement propices à sa mise en pratique. 

  • Le temps de l’accueil | Le matin, tous les élèves n'arrivent pas à l’école au même moment. En attendant que tout le monde soit présent, les enfants peuvent choisir librement une activité. Vous pouvez alors leur proposer différents types de jeux : soit pour qu'ils réinvestissent, seuls ou à plusieurs, un apprentissage travaillé précédemment ; soit pour qu'ils les découvrent par eux-mêmes, tout simplement.
  • Les temps d’activités structurées | Le jeu fait partie intégrante de l’apprentissage et de votre séance de classe. Vous choisissez de faire jouer les élèves à un moment précis, d’une certaine manière, avec un objectif ciblé, dans le but de travailler des compétences identifiées.
  • Les temps de délestage ou « d’entre deux activités » | Les enfants ne progressent pas tous au même rythme : certains terminent les activités proposées plus vite que d’autres. Le jeu peut permettre de faire le lien. Vous gagnerez à sélectionner des jeux dont les enfants peuvent facilement se détacher et qui ne demandent pas trop de temps de rangement.

OÙ JOUER ? | L’endroit où les enfants vont jouer dépend du jeu lui-même et de la manière dont est aménagée la classe, avec des espaces destinés ou non à certains types de jeux. 

  • Quelques questions « guides » pour affiner vos choix :
    • Le jeu est-il pratiqué seul ou à plusieurs ?
    •  Le jeu est-il bruyant, demande-t-il de l’espace ?
    •  Faut-il tout ranger à la fin du temps imparti ?
    •  Peut-on laisser le jeu en suspens et le reprendre plus tard ?
  • Jouer dans la cour  | La récréation est un moment privilégié pour le développement moteur, l’apprentissage des relations sociales et le développement de l’autonomie. Très souvent, les enfants y organisent leurs propres jeux, avec des règles décidées par eux, selon une temporalité qui leur est propre, avec ou sans matériel. Vous pouvez leur faire des propositions pérennes ou ponctuelles.
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